Vendre un terrain constructible sans fournir d’analyse géotechnique est, depuis le 1er octobre 2020, une faute susceptible d’entraîner l’annulation pure et simple de la vente. Pourtant, nombre de propriétaires et d’acquéreurs arrivent encore chez le notaire sans ce document pourtant obligatoire. La loi ELAN du 23 novembre 2018 a profondément modifié les conditions de transfert de propriété des terrains à bâtir situés en zone argileuse. Comprendre ce que cette obligation implique concrètement (qui commande l’étude, dans quel délai, avec quel contenu) permet d’aborder la signature dans les meilleures conditions et d’éviter tout blocage en étude notariale.
Pourquoi la loi ELAN rend-elle l’étude de sol G1 obligatoire à la vente ?

Le phénomène de retrait-gonflement des argiles constitue l’un des risques naturels les plus destructeurs pour le bâti résidentiel en France. Au cours du seul été 2018, près de 5 200 communes ont sollicité la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle au titre de ce phénomène, et le coût moyen d’indemnisation d’un sinistre atteint 16 700 €, ce qui en fait l’une des garanties dommages les plus onéreuses pour les assureurs.
L’article 68 de la loi ELAN du 23 novembre 2018 a instauré, via les articles L.112-20 et suivants du CCH, une obligation de réaliser une étude de sol G1 préalablement à toute vente de terrain à bâtir situé dans une zone exposée. Cette mesure vise à adapter les techniques constructives aux contraintes géologiques réelles du terrain avant même qu’un projet de bâtiment ne soit défini.
Le décret du 22 mai 2019 et les arrêtés du 22 juillet 2020 (publiés au Journal officiel les 6 et 9 août 2020) ont précisé le contenu de l’étude, les zones géographiques concernées et les techniques constructives applicables. L’ensemble du dispositif est entré en vigueur le 1er octobre 2020 pour tous les avant-contrats et actes authentiques de vente conclus à compter de cette date.
Quels terrains sont soumis à l’obligation de fournir une étude G1 ?
L’obligation ne couvre pas l’ensemble du territoire national. Elle s’applique exclusivement aux terrains non bâtis constructibles situés dans des zones classées en exposition moyenne ou forte au phénomène de retrait-gonflement des argiles, telles que définies par l’arrêté du 22 juillet 2020 publié au Journal officiel du 9 août 2020. Les terrains situés en zone d’exposition faible en sont expressément exclus.
La vérification du niveau d’exposition s’effectue gratuitement sur le portail Géorisques, qui publie la carte officielle des zones à risque. Il suffit de renseigner l’adresse ou les références cadastrales du terrain pour connaître immédiatement son classement. Cette étape doit être réalisée en amont de toute démarche de vente, avant même la fixation du prix et la recherche d’un acquéreur.
Lorsqu’un terrain est situé en limite de zone ou que le classement exact du secteur semble incertain, une vérification complémentaire auprès de la mairie ou d’un bureau d’études géotechniques est recommandée. Commander une étude G1 par précaution reste toujours préférable à s’exposer, après la signature, à une contestation de validité fondée sur l’incertitude du classement initial.
Deux situations permettent au vendeur de s’exonérer de l’obligation :
- Le terrain est situé en zone d’exposition faible au retrait-gonflement des argiles
- Le terrain se trouve dans un secteur où les règles d’urbanisme en vigueur interdisent la réalisation de toute maison individuelle
Que contient le rapport G1 remis au notaire ?

L’étude géotechnique préalable obéit à un cadre normatif précis. Elle doit être réalisée conformément à la norme NF P 94-500 de novembre 2013, qui structure les missions géotechniques en plusieurs niveaux d’intervention. La mission G1 se compose de deux phases successives et complémentaires, dont les résultats sont consignés dans un rapport unique destiné à être annexé à l’acte notarié.
Mission G1 ES : l’enquête documentaire et la visite du site
La phase G1 ES (Étude de Site) constitue le premier volet de la mission. Elle comprend une enquête documentaire sur le cadre géologique et géotechnique du secteur (cartes BRGM, données de sondages antérieurs, contexte hydrogéologique), complétée par une visite du site et de ses environs immédiats. Le géotechnicien établit à l’issue de cette phase un modèle géologique préliminaire du terrain.
Ce volet ne requiert généralement pas d’investigations mécaniques lourdes. Il repose sur l’analyse croisée de données existantes et sur l’observation directe du terrain. Son objet est d’identifier les risques géotechniques présents (présence d’argile, proximité d’anciens remblais, nappe phréatique) avant toute décision d’investissement.
Mission G1 PGC : les principes généraux de construction
La phase G1 PGC (Principes Généraux de Construction) complète l’analyse de site par des préconisations techniques générales destinées à prévenir les mouvements de terrain différentiels. Elle précise notamment les profondeurs minimales de fondation recommandées, le type de liaison entre structures portantes et dallage, ainsi que les éventuelles dispositions de drainage à prévoir.
Ces recommandations restent à un niveau d’orientation générale et ne se substituent pas à une étude de conception plus approfondie, qui sera nécessairement commandée lors de la phase de conception du bâtiment. La G1 PGC pose cependant un cadre de référence incontournable que tout constructeur ou maître d’œuvre doit consulter avant d’engager ses propres calculs.
Qui commande l’étude G1 et quel en est le coût réel ?

La loi ne laisse aucune ambiguïté : c’est le vendeur qui supporte l’obligation de fournir l’étude G1, qu’il soit promoteur immobilier, marchand de biens ou simple particulier. Cette obligation s’impose sans distinction de statut dès lors que les conditions de zone et de constructibilité sont remplies. Aucune dérogation fondée sur la qualité du vendeur n’est prévue par les textes.
Le coût moyen d’une mission G1 complète s’établit à environ 1 010 € TTC selon une enquête du Pôle Habitat FFB. Ce montant peut varier selon la complexité géologique du site, la densité des investigations nécessaires et la localisation géographique. Il reste toutefois marginal au regard des sommes engagées dans une transaction immobilière, qui se chiffrent le plus souvent en dizaines ou centaines de milliers d’euros.
Pour commander une mission G1, il convient de solliciter un bureau d’études géotechniques et de lui communiquer les informations de base sur la parcelle (références cadastrales, adresse, superficie, conditions d’accès). Le prestataire procédera à une collecte documentaire, à une visite du site et, si le contexte géologique le justifie, à des reconnaissances de terrain complémentaires. Le rapport est remis sous format papier et numérique dans un délai généralement compris entre deux et quatre semaines.
Comment le notaire intègre-t-il l’étude G1 dans l’acte de vente ?
L’article L.112-21 du CCH impose que l’étude géotechnique préalable soit annexée à la promesse de vente ou, en l’absence de promesse, directement à l’acte authentique de vente. Une simple remise de la main à la main, sans intégration formelle dans l’acte, ne satisfait pas à cette exigence légale. Le notaire doit s’assurer de la présence du document avant de procéder à la lecture et à la signature de l’acte.
Une fois annexée, l’étude reste définitivement attachée au titre de propriété et suit toutes les mutations successives du terrain. L’acquéreur qui cèdera le bien dans le futur bénéficiera donc de cette étude sans avoir à en commander une nouvelle, dès lors que le sol n’a pas été remanié et que la validité de 30 ans n’est pas échue. Le notaire instrumentant vérifiera systématiquement ces deux conditions lors de chaque mutation.
Au-delà de l’étude G1, le notaire constituera également le dossier de diagnostics techniques habituel qui accompagne tout acte de vente d’un terrain à bâtir (état des risques et pollutions, diagnostics spécifiques le cas échéant). L’étude G1 vient enrichir ce dossier en lui ajoutant une dimension géotechnique absente des autres diagnostics réglementaires. Sa présence dans l’acte offre à l’acquéreur une base documentaire solide pour anticiper les contraintes de fondation que son projet de construction devra respecter.


