On peut avoir un terrain visuellement stable et découvrir, quelques mètres plus bas, des couches bien moins rassurantes. C’est précisément pour réduire cette part d’incertitude que les géotechniciens multiplient les essais in situ avant de valider un projet de construction. Parmi eux, l’essai de pénétration standard, plus connu sous l’acronyme SPT, garde une place à part parce qu’il est réalisé au fond d’un forage et sert à mesurer la résistance dynamique du sol à l’enfoncement d’un carottier fendu. Derrière cette apparente simplicité, la qualité de l’essai dépend autant du mode opératoire que de l’interprétation de la valeur obtenue. Voici ce qu’il faut comprendre avant d’en tirer des décisions de fondation.
Pourquoi l’essai SPT reste-t-il une référence en géotechnique ?
L’essai SPT fait partie des essais in situ les plus utilisés pour caractériser les sols, notamment lorsqu’il faut comparer rapidement la résistance de plusieurs couches rencontrées dans un forage. Dans une étude de sol G2, il peut contribuer à objectiver le comportement relatif des horizons traversés avant de discuter les solutions de fondation.
Son intérêt vient surtout de son caractère opérationnel. Le SPT fournit une valeur de terrain, notée N, que les ingénieurs rapprochent ensuite de corrélations empiriques pour estimer la compacité des sols granulaires, l’angle de frottement interne, certains paramètres mécaniques ou encore des ordres de grandeur utiles pour la portance.
Comment se déroule l’essai de pénétration standard ?

L’essai se réalise au fond d’un forage maintenu par boue ou par tubage, avec un dispositif de battage, un train de tiges, un carottier fendu et un système de mesure adapté.
Quel appareillage est utilisé pour un SPT ?
Le carottier utilisé pour un SPT possède des dimensions normalisées. La documentation technique mentionne notamment un carottier de longueur supérieure à 450 mm, un diamètre extérieur de 51 mm, un diamètre intérieur de 35 mm et des tiges de 42,5 mm de diamètre extérieur.
Le battage est assuré par un mouton d’environ 63,5 à 64 kg, avec une hauteur de chute de 760 mm selon la référence ISO. En pratique, ces valeurs rappellent surtout que la régularité de l’énergie transmise est décisive pour comparer les résultats entre chantiers.
Quelle est la séquence de battage du SPT ?
Une fois le carottier descendu au fond du forage, l’enfoncement se fait en trois passes successives de 150 mm. La première correspond à l’amorçage, puis les deux suivantes servent au calcul de la résistance de pénétration.
La notation classique distingue N0 pour l’enfoncement de 0 à 15 cm, N1 pour 15 à 30 cm et N2 pour 30 à 45 cm. La valeur retenue est N = N1 + N2, c’est-à-dire le nombre de coups nécessaires pour les 30 derniers centimètres d’enfoncement.
Lorsque plus de 50 coups ne suffisent pas à obtenir 15 cm d’enfoncement, l’essai est interrompu et l’enfoncement réellement obtenu doit être noté dans le rapport. Ce point est essentiel, car il signale souvent un horizon très résistant.
Que signifie la valeur N mesurée par le SPT ?

La valeur N traduit la résistance dynamique rencontrée par le carottier dans un contexte de forage précis, avec un matériel, une énergie et une profondeur donnés. Cette nuance change tout pour le maître d’ouvrage : un N élevé peut évoquer un sol plus compact ou plus résistant, alors qu’un N faible peut signaler un horizon meuble, décompressé ou très sensible à l’eau.
La valeur brute n’a de sens qu’en regard de la coupe lithologique, de la profondeur testée et de la manière dont l’essai a été exécuté. Le SPT n’est pas un thermomètre universel posé sur le terrain, c’est un indicateur technique qui demande un cadre d’analyse.
Pourquoi la valeur brute N ne suffit-elle pas ?
La lecture du SPT passe par des corrections. Elles peuvent porter sur l’énergie réellement transmise, la profondeur, le diamètre du forage, le type de tige utilisé et les conditions de submersion. Sans ces ajustements, deux essais conduits sur des terrains comparables peuvent produire des valeurs apparemment différentes pour des raisons indépendantes du sol.
Pour un particulier, cela signifie qu’il vaut mieux se fier à l’analyse du bureau d’études qu’à un simple tableau trouvé en ligne. Les ingénieurs parlent fréquemment de valeurs corrigées avant d’en tirer une interprétation mécanique exploitable.
Quels paramètres peut-on estimer à partir du SPT ?
Le SPT ne mesure pas directement l’angle de frottement, la cohésion non drainée ou le module de déformation. En revanche, il sert d’entrée à des corrélations empiriques permettant d’approcher des paramètres comme φ, cu ou un module E, avec un niveau de confiance qui dépend fortement de la nature du sol et de la qualité des reconnaissances associées.
Des corrélations ont également été établies entre N et la capacité portante des fondations, ainsi qu’avec le risque de liquéfaction des sables. Il faut donc voir le SPT comme un maillon de la chaîne de décision, pas comme une formule magique qui remplacerait l’ensemble de l’étude géotechnique.
Dans quels cas le SPT est-il utile ?

Le SPT rend de vrais services quand le projet nécessite une reconnaissance rapide des couches de sol rencontrées au forage. Il est particulièrement intéressant pour comparer des horizons sableux, repérer des variations de compacité et alimenter une première discussion sur le type d’ancrage des fondations.
Sur le terrain, il s’insère naturellement dans un sondage destructif, puisque l’essai se réalise au fond d’un forage et permet ensuite de récupérer un échantillon remanié pour apprécier la nature du sol testé.
Le SPT est surtout pertinent dans les situations suivantes :
- Vérifier la variabilité verticale d’un terrain avant un projet de maison, d’extension ou d’ouvrage léger
- Apprécier la compacité relative de couches granulaires rencontrées dans un forage
- Alimenter des corrélations empiriques de pré-dimensionnement quand elles sont adaptées au contexte du site
- Repérer des horizons très résistants ou très meubles qui imposent d’approfondir l’étude
Toutefois, l’essai s’applique aux sols fins et grenus dont la dimension moyenne des éléments ne dépasse pas 20 mm. Dès que le terrain comporte des éléments grossiers ou des hétérogénéités marquées, la valeur N perd une partie de sa représentativité.
C’est dans ces contextes que d’autres essais prennent le relais. Lorsque l’objectif est d’obtenir une lecture plus fine de la déformabilité et de la pression limite, l’essai pressiométrique apporte souvent une information différente et plus directement exploitable pour certains calculs de fondation. Le bon réflexe n’est pas d’opposer les essais, mais de comprendre ce que chacun sait mesurer.
Comment lire un rapport SPT avant de choisir une solution de fondation ?
Avant d’interpréter les résultats, il faut vérifier la profondeur de l’essai, la description des couches traversées, l’existence éventuelle d’un refus, la mention d’une nappe et la nature des corrections appliquées. Ces éléments changent souvent plus la décision finale qu’un simple écart de quelques coups sur la valeur N.
Quels points techniques faut-il vérifier dans le rapport ?
Le premier point à regarder est la cohérence entre la coupe de sol et la série des valeurs N. Une progression logique peut conforter l’idée d’un terrain qui se densifie avec la profondeur, tandis qu’une alternance brutale peut révéler des lentilles, des remaniements ou une forte hétérogénéité locale.
Le deuxième point est la présence des informations d’exécution. Un bon rapport rappelle que le SPT a été effectué au fond d’un forage, avec un carottier normalisé, en trois phases d’enfoncement successives, puis il précise la valeur retenue pour N. Sans cette traçabilité, il devient difficile de juger la qualité de l’essai.
Pour replacer le SPT dans l’ensemble des méthodes disponibles, la synthèse de l’IFSTTAR consacrée aux essais et sondages de pénétration fournit un cadre utile pour comprendre ce que mesure réellement chaque famille d’essais. Cette mise en perspective évite de surinterpréter une valeur isolée.
Comment le SPT éclaire-t-il le choix des fondations ?
Le SPT peut orienter un raisonnement, mais il ne décide jamais seul. Il aide à distinguer un horizon médiocre d’un horizon plus compétent, à apprécier la profondeur à laquelle le terrain devient plus favorable et à juger s’il faut compléter la reconnaissance avant de valider des semelles, un radier ou une solution plus profonde.
Pour la question de la portance, la littérature technique relie depuis longtemps les essais de pénétration à l’évaluation des fondations superficielles, tout en insistant sur le besoin de corréler les données au contexte géologique et au type d’ouvrage. La note de l’IFSTTAR sur la capacité portante des fondations superficielles illustre bien cette logique de croisement entre essais, modèles et hypothèses de calcul.


